Le premier “Atelier d’écriture” s’est tenu le 15.05.12 à la Maison des X, à l’initiative de Frédéric Martinet. La dénomination, convenue mais impropre, sera revue. Au travail d’écriture type “Concours de nouvelles”, cette forme d’expression ajoute l’apport du travail en groupe et des contraintes de créativité (notamment de motivation, de thème, et de temps), et enlève l’aspect concours. On entre en effet dans la pleine liberté d’expression personnelle, sans aucune notion de compétition.

Parmi les quatre formes recensées de ce type de réunion (le rationnel, l’imagination, l’imaginaire, l’intermédiaire regroupant les trois), c’est la 3ème qui a été testée.

Les quatre participants ont eu à imaginer une fin nouvelle à la (remarquable) SALSA DU DEMON de notre camarade Olivia Christophe, avec laquelle elle a brillamment concouru au dernier concours d’automne 2011.

Le procédé s’est avéré aussi porteur et créatif qu’attendu. De sorte que de prochaines séances sont programmées pour le premier mardi de chaque mois (05/06, 03/07 et 04/09).

Il n’y a rien à préparer, ni rien à payer. Il suffit de s’inscrire auprès d’Olivia.

Malheureusement pour les retardataires éventuels, ce type de réunion ne peut fonctionner qu’en nombre restreint, de sorte que les inscriptions seront retenues dans l’ordre d’arrivée, jusqu’à un maximum de huit.

La Salsa – le début :

La journée avait pourtant bien commencé : je n’avais pas remis mon réveil hertzien à plus tard plus de six fois, j’étais tombée dans le sommeil la veille après un bon polar et ne m’étais pas réveillée plus de quatre fois dans la nuit. Il me restait des fruits encore mangeables et du fromage blanc sans moisissure en quantité suffisante pour un bol de céréales. Et un coup d’œil à la fenêtre m’avait annoncé le miracle de ce mois de janvier : du soleil à Paris avec en sus l’espoir d’un thermomètre positif.

Ça partait plutôt pas mal.

En tout cas jusqu’à ce que je consulte mon profil Facebook où un ami névrosé des années 70 avait posté une chanson que nous avons tous sifflotée au moins une fois dans un mariage : la Salsa du Démon. Je ne sais pas pourquoi j’ai cliqué sur « play ». Peut-être que la DLC du fromage blanc était plus reculée que ce que je croyais.

Peut-être qu’un lutin défoncé au PCP avait uriné sur mes fruits (expliquant l’absence de moisissure). Peut-être que Satan lui-même m’avait susurré des ordres subliminaux cette nuit. Ou peut-être avais-je tout simplement succombé à un accès de nostalgie primaire dont il faudra que je parle à mon psy.

Toujours est-il que j’ai écouté. Tous mes réveillons au ski avec papa en costume en velours et maman en jupe-culotte me sont revenus dans les dents : chaussée de lunettes anti-strabisme et de Kickers en 31, je remuais mes couettes avec un vieux d’au moins huit ans et j’avais l’impression que c’était la java du siècle. Mais si ça se trouve, il était 21h30.

Alors que j’avais déjà enchaîné sur « Tata Yoyo » dans ma tête, le morceau s’est arrêté. J’étais bien en 2011, je n’avais plus de couettes mais un brushing et mes Kickers avaient laissé place à des escarpins que j’aurais aimé être estampillés Louboutin.

 

Mais j’avais ramené la Salsa avec moi et je pressentais qu’elle allait élire résidence dans ma tête comme une colonie d’amibes dans un intestin occidental, comme le Fisc chez un contribuable dénoncé, comme un commercial IBM sur le dos d’un grossiste en fin de trimestre. L’expression exacte étant : se taper l’incruste.

Mes talons aiguilles et moi sommes montés dans ma voiture avec Vampirella (et gare à ceux qui ne l’aiment pas) et je me suis précipitée sur l’autoradio afin d’y trouver de quoi faire diversion, direction Inter plutôt que Rires et Chansons : la probabilité de tomber dessus étant proche de celle de voir débarquer Mickey Rourke (jeune) à mon prochain dîner, soulever 200 kg en développé couché ou rigoler à une blague de Jean Roucas.

Je n’avais pas roulé dix mètres lorsqu’Elle est revenue danser la gigue. J’ai instinctivement monté le son, sauf que la pollution sonore ne venait pas de moi mais du poste lui-même : La salsa du démon sur Inter ? J’aurais dû parier sur le développé couché : la grève d’une certaine catégorie de personnel de Radio France empêchait la

diffusion des programmes habituels, remplacés par quelque compilation douteuse.

Arrivée chez mon client, l’affaire semblait s’être calmée. Oh j’avais bien des « Ouiiii, je suis Belzébuth » qui faisaient irruption en plein milieu de ma présentation, mais, grâce à une matière grise obligée de donner le change à ses interlocuteurs, j’ai réussi quelques diversions.

Hélas, une fois la matinée écoulée, alors que je me retrouvais libre de tout dialogue professionnel, mes talons aiguilles et moi avons retrouvé Belzébuth, Vampirella et la Sorcière dans la voiture. Aussi concentrée que Bruel en finale du WW Poker Tour à Vegas, j’y ai réglé la fréquence sur Radio Notre Dame : si la Salsa du Démon arrivait jusqu’aux platines de cette dernière, je voulais bien me faire appeler Bouboulina jusqu’à la fin de mes jours.

Las, la voix doucereuse du présentateur comme le contenu de l’émission m’ont rapidement détournée de la fréquence, laissant la sorcière et ses idées sordides s’infiltrer à nouveau en moi.

« Ca commence à me chauffer, cette histoire ».

Soit. Mais pas une idée ne me venait quant à la façon de déloger ce satané refrain et je ne voyais pas comment j’allais m’en sortir, si possible avant de demander à voir la dernière collection de camisoles de l’hôpital SainteAnne, me manger un oeil, m’allonger sous une moissonneuse batteuse (en marche) ou réinstaller Windows sur mon PC.

Je regardais la mode d’hiver dans les vitrines, pensais à ma dose de frappucino du Starbucks, balançais un coup de pied dans un King Charles qui attendait son maître devant une boucherie et optais finalement pour un film à tendance comédie musicale. Ca tombait plus bien : Un Monstre à Paris était projeté à quelques pas de là.

Quatre-vingt dix minutes du souffle de Vanessa Paradis plus tard, je sortais du cinéma, l’esprit plus tranquille qu’en y entrant et collais une tarte à un petit qui sortait des toilettes. Mais ça ne résolvait pas pour autant mon problème de cohabitation qu’aucun président de la Vème République n’aurait souhaité à son pire opposant.

Je suis rentrée chez moi. « Venez-là mes petits amis… » On y était. Et quelle que soit la playlist au Bal des Vampires, j’étais bien décidée à ne plus me laisser envahir longtemps.

Quel était mon planning demain ? Ah oui, une plaquette à finir pour Altutransen, l’expert du consulting en architectures informatiques externalisées en mode SaaS, des textes à fignoler pour

www.monhotelcestleplusbeau.com qui ne serait sûrement pas content de la virgule au troisième paragraphe et opterait, au final, pour la première version, celle d’il y a six mois. Ou peut-être pas. Mouais. Autant parier sur l’amour libre en Iran.

Après moult recherches sur Internet et des courses nécessitées par icelles, j’ai empaqueté mes affaires et soigneusement préparé ma tenue du lendemain, histoire d’éviter un inéluctable « Je n’ai rien à me mettre » devant des armoires dégueulant toutes les collections Zadig et Comptoir de ces quatre dernières années : la journée s’annonçait longue et je n’avais pas de temps à perdre avec ces conneries.

Huit heures de sommeil plus tard, comme prévu, Elle était toujours là.

Les suites (textes issus de cet atelier) :

La Salsa, de Jean Sousselier

La Salsa, de Frédéric Martinet

La Salsa, d’Olivia Christophe

 

http://www.xm-auteurs.fr/ateliers/Salsa_JS.pdf